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Notre journal de la CIRADR+20 et du Forum des Peuples et des Mouvements Sociaux

21 février 2026

28 février

 

CIRADR+20: Dernier jour

 

Ce fut une coupe amère à avaler. Pas seulement celle que nous avons bue ce matin dans la salle à manger de l’hôtel, mais aussi – et plus métaphoriquement – celle servie aux Peuples Autochtones et aux mouvements sociaux par les gouvernements le dernier jour de cette Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR+20). La déclaration finale était assez faible en termes de terminologie et d’actions, et après une réunion d’urgence tenue la veille au soir, le CIP a décidé de la rejeter.

Le langage concernant les Peuples Autochtones était trop faible et même dangereux, les plaçant à côté du concept glissant de « communautés locales ». En droit international, les Peuples Autochtones détiennent des droits collectifs distincts –y compris le droit à l’autodétermination, à la terre, aux territoires et aux ressources– reconnus dans des instruments tels que la UNDROP, fondés sur leur existence précoloniale et leur statut juridique spécifique. Le terme « communautés locales » n’a pas de statut équivalent, clairement défini, en droit international et ne porte pas les mêmes droits collectifs ni les mêmes fondements historiques. Assimiler les Peuples Autochtones aux « communautés locales » risque de diluer ou de saper leurs droits légalement reconnus en effaçant ce statut distinct et en abaissant les normes de protection établies.

C’était inacceptable pour les organisations mondiales et régionales représentées par le CIP. Et alors, même si nous avons exprimé des paroles de gratitude aux gouvernements de la Colombie et du Brésil pour avoir remis la réforme agraire à l’ordre du jour international, nous avons dit: nous ne pouvons pas accepter la déclaration, et nous présentons notre propre.

Non pas parce que nous rejetons le dialogue. Au contraire, nous l’exigeons. Un dialogue de bonne foi sur les droits des Peuples Autochtones, sur les droits des peuples pêcheurs et des pasteurs, sur les droits des femmes et la justice de genre, sur l’agroécologie comme mode de vie, et non comme solution technique.

Nous avons réaffirmé les quatre piliers qui doivent guider une véritable réforme: Redistribution, Reconnaissance, Restitution, Régulation. Ensemble, ils forment l’épine dorsale d’une réforme agraire du XXIe siècle enracinée dans la souveraineté alimentaire. L’agroécologie n’est pas une ligne de projet ; c’est notre relation à la Terre Mère, les uns aux autres et aux générations futures.

Ce soir, alors que les lumières de la conférence s’éteignent, nous ne sommes pas vaincus. Nous sommes organisés.

Plus de 6000 organisations et 300 millions de petits producteurs alimentaires s’organisent à travers le CIP. Nous portons les six piliers de la souveraineté alimentaire nés à Nyeleni. Nous portons les luttes des villages, des côtes, des montagnes et des plaines. Notre légitimité ne se mesure pas aux applaudissements diplomatiques mais à la résistance quotidienne de nos communautés.

Demain, nous rentrons chez nous.

Chez nous, aux assemblées sous les arbres, aux bateaux de pêche à l’aube, aux troupeaux traversant des routes ancestrales. Chez nous pour organiser, éduquer, résister. La réforme agraire, la souveraineté alimentaire et la justice sociale et environnementale ne seront pas accordées depuis les tribunes des conférences. Elles seront semées, défendues et conquises.


 

27 février

 

CIRADR+20: Jour 4

En marge du CIRADR20 à Cartagena, deux événements parallèles organisés par le CIP et La Via Campesina ont créé un espace permettant aux mouvements sociaux de faire avancer des propositions concrètes pour une réforme agraire populaire et mondiale.

Les participants ont souligné que la réforme agraire doit aller au-delà de la redistribution des terres pour aborder les territoires, les eaux, les forêts et les droits collectifs. Les paysans, les Peuples autochtones, les pêcheurs artisanaux, les pasteurs, les communautés afro-descendantes et les mouvements de femmes ont appelé à des politiques qui défendent l’autonomie et limitent le contrôle des entreprises sur les systèmes alimentaires.

Les discussions ont mis en évidence les limites des cadres de propriété privée et la nécessité de reconnaître la tenure communautaire et la diversité des systèmes de gouvernance. Une fois de plus, les intervenants ont dénoncé les déplacements, la militarisation, l’accaparement des terres, la dégradation environnementale et la criminalisation des communautés rurales.

Des appels forts ont été lancés en faveur de la souveraineté alimentaire, de l’agroécologie, de la justice environnementale et de la décolonisation des systèmes alimentaires. Les perspectives féministes ont souligné les droits des femmes à la terre, au pouvoir décisionnel, à la reconnaissance et à des réparations pour les injustices historiques.

Les participants ont également exigé des responsabilités pour les expulsions forcées et des mesures réparatrices pour les communautés dépossédées de leurs territoires. Tout au long des échanges, les mouvements ont réaffirmé qu’une réforme significative exige un changement systémique et une participation active à l’élaboration des politiques nationales et internationales.

Alors que débute le dernier jour du CIRADR et qu’une Déclaration des Ministres est attendue, le CIP appelle fermement les responsables politiques à soutenir une réforme agraire transformatrice fondée sur les revendications des mouvements et leurs réalisations en droit international.

 

La participation sociale renforce la mise en œuvre

Comment transformer des accords internationaux qui ne sont pas juridiquement contraignants en politiques publiques concrètes? Ce dialogue a réuni des experts en sécurité alimentaire et nutrition, des spécialistes juridiques, des Peuples autochtones et des paysans, ainsi que des représentants gouvernementaux.

Les participants ont souligné que la participation sociale, comme l’a démontré le CONSEA au Brésil, est essentielle pour relier les accords internationaux à des actions concrètes. Le panel a également insisté sur le fait que la FAO, le CSA et les États doivent respecter pleinement l’UNDRIP. Les mouvements sociaux ont rappelé les « 4R » de la réforme agraire : Reconnaissance, Réparation, Résistance et Restitution, en ajoutant un cinquième « R », révolution, compris comme la première étape vers la transformation des systèmes alimentaires en modèles territoriaux, agroécologiques et non corporatifs.

Le débat a en outre souligné que la réforme agraire ne peut être réduite à la délivrance de titres fonciers ou à la formalisation de la propriété ; elle doit garantir la permanence territoriale, l’accès collectif aux ressources naturelles et des moyens de subsistance durables pour les Peuples autochtones, les paysans, les pêcheurs et les pasteurs.

 

De la terre au territoire : la cosmovision dans le droit international

La terre n’est pas seulement un actif productif, mais un espace intrinsèquement lié aux biens communs naturels, à la spiritualité et à la vie collective. Des représentants d’Indonésie, d’Amérique du Nord, d’Amérique latine, d’Afrique et du Pacifique ont convenu que le principal défi demeure l’absence de garanties effectives pour la protection des droits fonciers et territoriaux, malgré leur reconnaissance dans des instruments juridiques internationaux tels que l’UNDRIP.

Les intervenants ont également dénoncé la criminalisation continue des défenseurs de la terre et des droits humains, illustrée par le cas de Daria Egereva, qui a été détenue en Russie après avoir participé à la COP30, ainsi que le manque de reconnaissance des Peuples autochtones en tant que titulaires de droits dans plusieurs pays. Au Kenya, par exemple, les Peuples autochtones sont encore classés comme populations marginalisées ou minorités, une pratique qui se reproduit même dans les espaces multilatéraux. Face à ces défis, des organisations paysannes, de pêcheurs et de pasteurs ont exprimé leur solidarité et réaffirmé un message commun : il ne peut y avoir de réforme agraire sans les Peuples autochtones.

 

Joyeux anniversaire, FENSUAGRO!

Des regards paysans sur la réforme agraire ont été présentés sous la forme d’un documentaire audiovisuel. La Médiathèque colombo-française a accueilli le lancement des 50 ans de lutte de la FENSUAGRO avec cet événement parallèle dans le cadre de la CIRADR+20. Un documentaire collaboratif issu de la communication populaire, co-créé par la FENSUAGRO et Mirada Rumiant (MiRu) en septembre 2025 dans des territoires de Colombie.

 

 


26 février

 

CIRADR+20: Jour 3

 

Deux jeunes femmes se sont soudainement effondrées au sol cet après-midi au Centre de conventions de Cartagena, provoquant la stupeur parmi les personnes présentes. Autour d’elles, des hommes en combinaisons blanches de protection ont déroulé un ruban jaune portant l’inscription « danger, ne pas franchir ». Autour des femmes allongées par terre, ils ont disposé des fruits, des produits alimentaires industriels et des pancartes de protestation.

« Nous ne pouvons pas parler de réforme agraire si nous ne libérons pas notre imagination des agrotoxiques, des organismes génétiquement modifiés et du modèle agricole qui les soutient », ont dénoncé les militantes. Elles font partie de la campagne Colombia Libre de Transgénicos. Leur mouvement national lutte pour protéger la biodiversité, les semences natives et le droit des communautés à une agriculture sans OGM, ainsi que pour affirmer la souveraineté alimentaire du pays. À la suite d’un arrêt historique de la Cour constitutionnelle colombienne, qui a reconnu le risque de contamination du maïs natif par des cultures génétiquement modifiées, la campagne appelle le gouvernement national à surmonter les obstacles juridiques et techniques afin de sauvegarder et protéger efficacement les semences natives et créoles.

Depuis l’auditorium

Certainement moins spectaculaire, mais tout aussi riche en contenu, la conférence du matin intitulée « Terre, Alimentation, Travail et Vie » a réuni des militant·e·s, des intellectuel·le·s et des autorités qui ont partagé des expériences de construction de la réforme agraire et du développement durable dans les zones rurales. Des représentants du Brésil, de la Colombie, du Mali, de la Chine et des États-Unis étaient présents, ainsi que la ministre colombienne de l’Agriculture et du Développement rural, Martha Carvajalino. Elle a ouvert la séance en soulignant l’importance des mouvements du monde entier pour dynamiser le débat sur la réforme agraire au niveau mondial.

Lors d’un autre panel consacré à l’innovation pour un usage équitable des terres, des représentants du CIP des États-Unis ont montré que la concentration croissante des enterprises, l’augmentation de l’endettement agricole, la consolidation foncière et les importations alimentaires record fragilisent les petits producteurs, accentuent les inégalités et affaiblissent la résilience rurale. Les acteurs corporatifs et financiers stimulent des acquisitions foncières à grande échelle, souvent à travers des structures d’investissement opaques, tandis que les données publiques sur les prêts discriminatoires et la propriété foncière demeurent insuffisantes. Une nouvelle vague d’investissements extractifs – tels que les centres de données en zones rurales – menace les terres et les ressources en eau, tout en offrant des bénéfices limités à long terme pour les communautés locales.

Le programme a également mis en avant une discussion sur les marchés territoriaux et le commerce équitable, où les intervenants de l’IPC ont reconnu que des avancées en matière de politiques publiques ont été réalisées, comme les achats publics dans certains pays, mais que la construction de marchés équitables reste périphérique plutôt que centrale. Il est crucial de reconnaître la diversité des marchés territoriaux au-delà du GRAND marché mondial, car ils nourrissent réellement les populations plutôt que de simplement générer du profit. Pour les aider à prospérer et non seulement à survivre, les pays doivent refuser des accords de libre-échange tels que l’UE-Mercosur.

Climat et biodiversité

Au cours d’une journée entièrement remplie d’événements parallèles et connexes, les mouvements de l’IPC ont été très actifs dans l’organisation de nombreux d’entre eux. La journée a débuté par un panel sur le climat, où les intervenants ont souligné que la justice climatique et la protection de la biodiversité ne peuvent être atteintes à travers des modèles de conservation excluants qui criminalisent les communautés de pêcheurs et déplacent celles et ceux qui ont historiquement protégé les écosystèmes aquatiques. Ils ont critiqué les mécanismes fondés sur le marché, tels que les compensations carbone et le commerce de la nature, affirmant qu’ils marchandisent la nature au lieu de s’attaquer aux causes profondes de la crise climatique. Les intervenants ont mis en avant le rôle central des femmes paysannes en tant que gardiennes des semences natives, avertissant que la commercialisation des semences ainsi que les organismes génétiquement modifiés (OGM) et certaines technologies transfèrent le contrôle des systèmes alimentaires aux entreprises. Les profondes inégalités dans la répartition des terres ont également été clairement soulignées, les petits producteurs nourrissant la majeure partie du monde tout en ne contrôlant qu’une fraction des terres.

La discussion, à laquelle a également participé la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le changement climatique, Elisa Morgera, a conclu qu’une réforme agraire intégrale est une condition préalable à la justice climatique, à la restauration de la biodiversité, à la souveraineté alimentaire et à une transition écologique centrée sur les peuples et fondée sur des mesures juridiquement contraignantes.

Pêche en petite échelle

L’événement parallèle intitulé « Terre, Eau et Droits territoriaux autochtones, Réforme agraire et pêcheurs artisanaux » a examiné les raisons pour lesquelles les communautés de pêche restent exclues des systèmes de gouvernance alimentaire, aggravant la pauvreté et la faim. Les intervenants ont souligné le manque de connaissance et de mise en œuvre des Directives visant à assurer la durabilité de la pêche artisanale (SSF). Ils ont également mis en évidence que les communautés autochtones, de pêcheurs et paysannes qui défendent leurs territoires sont souvent criminalisées. Ils ont insisté sur le fait que la dépossession persiste malgré les protections juridiques existantes en raison d’un défaut de reconnaissance des droits territoriaux collectifs. Au-delà des capacités techniques, l’avenir des Directives dépend d’une participation collective significative. Les priorités clés incluent l’intégration des Directives dans les législations nationales avec des mécanismes clairs de reddition de comptes, l’allocation de financements dédiés, ainsi que leur traduction et diffusion dans les langues locales.

Pastoralisme

L’événement parallèle sur la réforme agraire et le pastoralisme a abordé les interconnexions entre le pastoralisme et le changement climatique. Le panel a souligné, parmi les principaux défis, la lutte pour la reconnaissance des pasteurs comme titulaires de droits, ainsi que les projets de conservation qui privent souvent les pasteurs de leurs terres. En ce qui concerne les liens entre changement climatique et pastoralisme, les intervenants ont mis en lumière une occasion manquée d’intégrer les systèmes de savoir des pasteurs et des Peuples Autochtones dans les politiques climatiques et de promouvoir des stratégies efficaces d’adaptation et d’atténuation. L’action climatique doit également intégrer la protection de la biodiversité et la prévention de la désertification. Reconnaître et placer au centre ces systèmes de savoir et ces titulaires de droits est essentiel.

Expositions

Deux projets artistiques et de communication enrichissent le programme de cette deuxième Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural.

Une exposition photographique de Miru (Mirada Rumiant) présente le travail de souveraineté de la communication mené par les organisations du CIP à travers des processus participatifs audiovisuels et de photographie documentaire. Ancrée dans des méthodologies d’éducation populaire et de co-création, l’exposition met en lumière des cas d’accaparement des terres dans différentes régions, en plaçant au centre les voix et les perspectives des jeunes et des communautés de base. Présentée à la CIRADR+20 dans le hall principal du Centre de conventions de Cartagena, l’exposition fait partie d’un effort plus large qui comprend également la projection d’un documentaire sur la réforme agraire intégrale et populaire ainsi que trois livres photographiques présentant des récits visuels du Bénin, d’Indonésie et de Colombie.

À l’extérieur du site, à l’Instituto Geográfico Agustín Codazzi, trois artistes primitivistes de la région caraïbe de Colombie expriment la relation des paysans et des peuples autochtones à la terre et la politique de redistribution foncière à travers des peintures colorées sur vinyle. Des rêves de César Villa Gutiérrez à l’excellente représentation par Mauricio Alegría Calle de la concentration de la propriété foncière parmi les congressistes colombiens, cette exposition capture brillamment un territoire en tension permanente. Se terminant le 27, il s’agit d’un espace très pertinent et agréable pour celles et ceux qui souhaitent faire une pause entre les conférences.

 


25 février

 

CIRADR+20: Jour 2

 

Plus de 1,1 milliard de personnes, soit environ 23 % de la population adulte mondiale, se sentent en situation d’insécurité foncière et considèrent comme probable ou très probable la perte de leurs droits sur tout ou partie de leurs terres et logements au cours des cinq prochaines années, et la tendance s’aggrave.

Le premier rapport sur l’État de la tenure et de la gouvernance foncière, présenté lors de l’événement principal du programme d’aujourd’hui à la deuxième Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR+20), montre que, bien que 2,5 milliards de personnes dépendent directement de la terre, seuls 35 % des droits fonciers sont formellement documentés. Avec 42 % des terres détenues sous des systèmes coutumiers, largement gérés par les Peuples autochtones, une part importante reste en dehors de la reconnaissance formelle. Toutefois, cela ne constitue pas un problème majeur dans la plupart des régions du monde. La propriété coutumière, collective ou individuelle, même non documentée, peut renforcer la sécurité foncière. C’est particulièrement le cas dans les contextes où les titres fonciers individuels formels ne sont pas la norme. Au contraire, la formalisation, notamment sous forme de titres privés, peut accroître l’insécurité. Dans ce contexte, les femmes supportent le poids principal des inégalités croissantes : elles sont moins susceptibles que les hommes de posséder ou de détenir des droits fonciers sécurisés, et l’écart entre les sexes est insoutenablement large.

 

Comment en sommes-nous arrivés là?

La situation actuelle résulte de diverses transformations historiques, écologiques et sociopolitiques. Après la Seconde Guerre mondiale, le processus de décolonisation et la réorganisation de l’ordre géopolitique ont ouvert la voie à des réformes agraires redistributives dans de nombreux pays. Cependant, le retour en force de la mondialisation néolibérale, devenu manifeste à la fin des années 1970 et intensifié au cours des décennies suivantes, a renforcé les marchés fonciers et privatisé les droits de propriété, au nom de l’idée que la propriété privée des terres agricoles favoriserait l’investissement, le développement économique et la réduction de la pauvreté, produisant en réalité l’effet inverse. Les déplacements de population ont augmenté, l’accaparement des terres est devenu la norme, et l’approche prédatrice des multinationales et des grands acteurs financiers a porté la violence et l’insécurité foncière à un niveau supérieur. En réponse, des mouvements agraires transnationaux ont émergé, organisant les paysans, les Peuples Autochtones et d’autres producteurs alimentaires à petite échelle pour affronter leurs adversaires mondialisés par le biais du dialogue politique mondial. Cela a conduit à l’adoption d’outils internationaux tels que les Directives sur la tenure (VGGT), l’UNDROP et l’UNDRIP, affirmant des principes et définissant les droits collectifs des peuples sur les terres et les territoires. Depuis l’adoption des VGGT en 2012, 71 pays (36 % du total mondial) ont entrepris une forme de réforme agraire. Cependant, les gouvernements vont rarement au-delà de la simple mention de cet instrument. L’absence de mise en œuvre concrète au niveau national demeure donc le principal défi pour réaliser de véritables réformes agraires transformatrices, qui reprennent la terre aux grands intérêts privés pour la restituer aux producteurs alimentaires à petite échelle et aux Peuples Autochtones.

Telle est la mission que le CIP appelle les gouvernements et les institutions internationales à assumer, une fois pour toutes. Dans les conditions difficiles décrites ci-dessus, les producteurs alimentaires à petite échelle continuent de fournir environ 80 % des aliments consommés dans le monde, en cultivant seulement une partie des terres agricoles mondiales. Ce rôle extraordinaire est érodé chaque jour par des politiques foncières basées sur le marché et d’autres facteurs.

 

Voix des événements parallèles

Certains de ces enjeux ont été abordés lors de différents événements parallèles au cours de la journée.

Lors du panel sur la lutte des femmes pour la réforme agraire et les droits du travail, les intervenantes ont dénoncé l’approfondissement des crises mondiales marquées par l’intensification de l’impérialisme, du néolibéralisme, du racisme, du conservatisme et de la violence patriarcale, et la manière dont cela engendre des menaces croissantes pour les territoires, les corps et les droits collectifs. Les participantes ont reconnu des avancées importantes obtenues en collaboration avec des gouvernements progressistes, tout en soulignant qu’elles restent fragiles et incomplètes. Amparo Miciano Sykioco, de la Marche mondiale des femmes, et Souad Mahmoud, de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, ont apporté une perspective de terrain. “Nos corps sont nos territoires”, ont affirmé les intervenantes, soulignant que défendre les droits des femmes est indissociable de la défense de la terre et de la souveraineté alimentaire. Elles ont également insisté sur la nécessité d’une réforme agraire intégrale, féministe et populaire centrée sur la durabilité de la vie, la dignité et le soin collectif. Toutefois, la réforme agraire ne mettra pas automatiquement fin aux violations des droits des femmes ; elle en est une condition nécessaire mais non suffisante. Heureusement, il y a aussi des bonnes nouvelles : les mouvements sociaux continuent de lutter pour dé-marchandiser la terre, réaffirmer que les femmes ne sont pas une main-d’œuvre jetable, et démontrer qu’un autre monde n’est pas seulement possible : les femmes rurales et leurs communautés le construisent déjà.

Lors d’un événement parallèle consacré au travail rural, à l’organisation collective et au dialogue social, Nestor Roche, du Forum mondial des pêcheurs et travailleurs de la pêche (WFF), a mis en lumière les principales lacunes affectant la pêche artisanale et à petite échelle, notamment les revenus instables, la domination des intermédiaires, le travail des enfants, les inégalités de genre, la faiblesse de l’organisation et de la gouvernance, ainsi que le changement climatique. Il a souligné que les pêcheurs à petite échelle restent marginalisés dans les cadres économiques et politiques, malgré leur rôle crucial dans la sécurité alimentaire et les économies locales. Selon Roche, des politiques publiques reconnaissant et rendant visibles les pêcheurs sont essentielles, et leur inclusion dans les processus de réforme agraire est indispensable pour garantir les droits, la durabilité et la justice sociale.

Dans le cadre de l’agenda officiel de la CIRADR+20, le Groupe de travail sur la pêche du CIP a organisé un événement parallèle intitulé “Pêches et océans : Droits collectifs, protection des écosystèmes aquatiques et moyens de subsistance décents”. La session a réuni des représentants des gouvernements, des Nations Unies, du monde académique et des mouvements sociaux afin d’aborder une question centrale : que signifie le droit aux territoires pour les pêcheurs à petite échelle et les Peuples Autochtones?

Les intervenant·e·s ont souligné que la réforme agraire ne peut rester limitée à la terre, mais doit reconnaître pleinement les territoires marins, côtiers et des eaux intérieures comme des espaces de vie, de culture, de production alimentaire et de gouvernance collective. Ils et elles ont également mis en avant l’importance de mettre en œuvre les Directives de la FAO pour la pêche artisanale et l’UNDROP à travers une approche fondée sur les droits humains, en garantissant le Consentement libre, préalable et éclairé, en protégeant les communautés contre l’accaparement des océans et la conservation excluante, et en reconnaissant juridiquement les systèmes coutumiers et collectifs de tenure marine. Le débat a souligné que sans sécuriser les droits territoriaux aquatiques, il ne peut y avoir de véritable réforme agraire, de souveraineté alimentaire ni de transition écologique fondée sur la justice.

Dans le cadre du panel “Semer la terre de l’avenir : les jeunesses rurales transforment les systèmes agroalimentaires”, le CIP était représenté par le MIJARC, qui a présenté une intervention centrée sur l’urgence de reconnaître les jeunes ruraux comme des acteurs stratégiques dans la construction de systèmes agroalimentaires agroécologiques, résilients et fondés sur une approche systémique. Il a été souligné qu’aucune transformation réelle n’est possible sans garantir l’accès à la terre, au financement, à la formation, à une participation effective et à des conditions de vie dignes permettant de rester sur les territoires. L’intervention a affirmé que les jeunes ne sont pas l’avenir des campagnes, mais leur présent organisé, capable de semer justice, enracinement et durabilité pour les générations futures.

Comment renforcer la participation des peuples à la prise de décision et créer des espaces leur permettant d’influencer l’élaboration des politiques publiques ? Cette question a été abordée lors d’un événement au cours duquel les mouvements sociaux et d’autres intervenant·e·s ont évalué la répartition des terres, de l’eau et des territoires à l’échelle mondiale, 20 ans après la première CIRADR.

Les mouvements sociaux ont proposé de rendre l’Observatoire mondial du foncier plus inclusif et participatif, de renforcer la participation des communautés de pêcheurs aux débats sur la réforme agraire, de positionner cet agenda dans d’autres espaces internationaux, y compris les Conventions de Rio, d’assurer la participation des organes des droits humains aux futures conférences de la CIRADR et de créer des mécanismes participatifs permettant aux peuples de décider de l’utilisation des territoires, des terres et de l’eau.

 


24 février

 

CIRADR+20: Jour 1

 

Pour certains, augmenter la productivité signifie produire davantage de nourriture par unité de surface ; pour nous, cela signifie augmenter les terres cultivées. Et cela signifie accroître la production en augmentant le nombre de producteurs, en ayant plus de paysan·nes et en redistribuant le pouvoir dans la société. Une stratégie qui lutte contre le changement climatique, réduit l’inflation sans recourir à des mesures qui étouffent l’économie, crée de l’emploi et ramène l’humanité à vivre dans les zones rurales au lieu de les abandonner.

Tel fut le cœur du discours prononcé cet après-midi par le président colombien Gustavo Petro dans l’auditorium comble du Cartagena Convention Centre, lors de la journée d’ouverture de la CIRADR+20. Plus d’un millier de personnes, majoritairement des petits producteurs alimentaires, ont scandé des slogans tels que « Pedro, amigo, el pueblo está contigo » et « reforma agraria, urgente y necesaria ».

En modifiant la Constitution en 2023, le gouvernement de Petro a finalement reconnu les paysan·nes comme sujets de droits, reconnaissant également leurs territoires et leurs diverses formes de gouvernance foncière. La répartition inégale des terres agricoles est frappante dans le pays, où 8 hectares sur 10 sont entre les mains de 1% des propriétaires. Cette concentration a déplacé plus de huit millions de personnes – principalement des paysan·nes – des zones rurales, souvent par la violence. Pourtant, encore aujourd’hui, les exploitations de moins de deux hectares représentent 84% du total mais ne couvrent que 12 % des terres.

En décembre, le gouvernement a annoncé avoir sécurisé 2,5 millions d’hectares pour la réforme agraire : 700 000 ont été attribués au Fonds national des terres et 446 000 ont été acquis par achat direct. L’objectif, selon les mots de Petro, est de mener une « réforme agraire pacifique », en rachetant les terres pour les redistribuer aux paysan·nes.

L’alliance avec les organisations paysannes et de petits producteurs est cruciale dans ce processus, comme l’ont souligné des ministres de plusieurs pays : la Colombienne Marta Carvajalino, le Sud-Africain Mzwanele Nyhontso et le Brésilien Paulo Teixeira. Nury Martínez Silva, présidente de FENSUAGRO (organisation membre de La Via Campesina et du CIP), a souligné lors de la session d’ouverture le rôle des mouvements de petits producteurs réunis au sein du CIP pour obtenir des résultats concrets. Elle a également exhorté les décideurs politiques à mettre en œuvre ces mesures conformément aux principes consacrés par l’UNDROP, l’UNDRIP et les cadres juridiques internationaux que les mouvements du CIP ont obtenus au fil des années.

En parallèle de l’événement principal, le programme de la CIRADR+20 comprenait plusieurs événements officiels et parallèles. Parmi les événements officiels, le CIP a coordonné des sessions sur la jeunesse, les femmes et la diversité de genre. Les jeunes ont clairement affirmé vouloir vivre sur leurs territoires, en relation saine avec la terre et les eaux, mais qu’ils sont dépossédés de leurs moyens de subsistance agricoles par des structures violentes de capital, de pouvoir et de contrôle, et souvent contraints de migrer. Pour changer cette situation, les mouvements doivent travailler ensemble afin de faire pression sur les gouvernements pour des politiques spécifiques à la jeunesse reconnaissant leurs droits et mettant en lumière l’importance du renouvellement générationnel.

La violence, la discrimination de genre et le patriarcat dominent encore de nombreuses zones rurales à travers le monde, comme cela a été souligné lors d’autres événements. Si les lois archaïques en vigueur dans certains pays ne sont pas réformées, elles resteront parmi les principaux obstacles à la construction d’une véritable équité. De plus, l’absence d’indicateurs et de données concernant les Diversités et leurs droits fonciers limite la compréhension des réalités vécues par les communautés LGBTIQ dans les zones rurales. Les institutions ne disposent pas de systèmes adéquats pour suivre et traiter efficacement ces changements, ont noté les intervenants. Cette lacune perpétue l’exclusion et empêche un accès égal aux droits fonciers pour les Diversités.

Le programme de demain abordera la réforme agraire sous différents angles : travail, environnement, climat, vie, justice et bien plus encore. Restez à l’écoute pour de nouvelles analyses !

 



 

23 février

 

Forum des Peuples et des Mouvements Sociaux: Jour 2

 

Le Forum des Peuples et des Mouvements Sociaux a conclu sa deuxième journée par la lecture en plénière et l’acclamation unanime de sa déclaration finale. Cette déclaration sera portée comme position de l’IPC à la Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR+20), qui débute le 24 février, comme un message clair : les mouvements sociaux ne sont pas des observateurs, mais les protagonistes de la réforme agraire.

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Le matin, les discussions régionales en groupes de travail ont permis d’apporter une perspective multifacette sur le sujet. Dans toutes les régions, les mouvements ont réaffirmé que la réforme agraire n’est pas un simple ajustement technique, mais une lutte structurelle pour le pouvoir, la dignité et la souveraineté territoriale. Les délégué·es ont dénoncé l’intensification de l’accaparement des terres, des déposses­sions verte et bleue, de la guerre, de la dette, de la militarisation et de la captation de la gouvernance foncière par les entreprises. La concentration foncière, l’extractivisme, les agrotoxiques, les monocultures et la finance spéculative continuent d’expulser les paysan·nes, les Pueblos Indígenas, les pasteurs et les pêcheurs de leurs territoires.

Les groupes de travail régionaux ont approfondi les quatre piliers de la réforme agraire – restitution, redistribution, reconnaissance et régulation – tout en avançant de nouvelles dimensions: réparation, représentation, ressources et révolution. Les mouvements ont revendiqué les droits fonciers collectifs, l’accès égal des femmes à la terre, la participation des jeunes, le consentement libre, préalable et éclairé, ainsi que la défense des systèmes coutumiers et communautaires de tenure. Ils ont exigé des budgets publics, des mécanismes contraignants de redevabilité et le passage d’un dialogue politique sans fin à la mise en œuvre concrète de l’UNDROP, de l’UNDRIP et des Directives sur la tenure.

De la Palestine au Myanmar, des territoires mapuche à l’Asie centrale, les voix ont dénoncé la violence, la criminalisation et les continuités coloniales. Pourtant, le Forum n’a pas été seulement un espace de dénonciation, mais aussi un espace de stratégie. L’agroécologie, la souveraineté alimentaire, les économies solidaires et le pouvoir populaire ont été affirmés comme des alternatives vivantes qui transforment déjà les territoires.

Comme l’a rappelé en plénière le Ministre du Développement agraire du Brésil, Luiz Paulo Teixeira Ferreira, nous ne pouvons pas attendre 20 ans de plus. La réforme agraire doit être au premier plan dès maintenant. Les mouvements repartent unis, organisés et déterminés : la terre est la vie, et nous continuerons à nous battre pour elle.

 

Photos du jour

 

 


 

22 février

 

Forum des Peuples et des Mouvements Sociaux: Jour 1

La première moitié du Forum des Peuples et des Mouvements Sociaux s’est ouverte par un appel fort et unifié des leaders des mouvements sociaux à placer la terre et les territoires au centre de l’action politique mondiale. Lors de la mystique d’ouverture, des paysan·nes, des Peuple Autochtones, des pasteurs, des pêcheurs et des travailleur·euses ruraux ont réaffirmé que les territoires ne sont pas des marchandises, mais la base matérielle et spirituelle de la vie, de la culture et de la survie collective.

Les intervenant·es ont souligné que, malgré des avancées telles que les Directives sur la Tenure, l’UNDRIP et l’UNDROP, l’accaparement des terres, l’extractivisme et les expulsions liées aux politiques de conservation s’intensifient, concentrant terres, eaux et forêts entre les mains des entreprises tout en criminalisant les communautés rurales.

Trois ministres colombiens ont participé aux panels: Martha Carvajalino, Ministre de l’Agriculture et du Développement rural ; Irene Vélez Torres, Ministre de l’Environnement ; et José Daniel Rojas Medellín, Ministre de l’Éducation. Ils ont mis en avant la reconnaissance historique des paysan·nes comme sujets de droits et les efforts en cours de réforme agraire, tout en reconnaissant de fortes résistances et les limites de la redistribution actuelle. Les représentants du gouvernement ont dénoncé les « pièges » de la criminalisation, des économies illicites et des politiques de conservation excluantes, et ont proposé des réformes réglementaires pour concilier protection environnementale et moyens de subsistance ruraux.

Des voix issues des mouvements de base d’Afrique, des Amériques et d’ailleurs ont mis l’accent sur l’usage collectif des terres, le droit à la mobilité, les économies solidaires et la défense de la pêche artisanale face au contrôle des entreprises. Un fil conducteur est apparu : sans organisation sociale forte, mise en œuvre de la paix et action collective, il ne peut y avoir de réforme agraire transformatrice.

Lors de la session de l’après-midi, des représentant·es de 11 organisations ont discuté de la situation des droits des communautés sur leurs territoires. Ils ont dénoncé un contexte mondial marqué par le fascisme, l’impérialisme, la concentration du pouvoir, la guerre et l’accélération des expulsions foncières. Ils ont souligné comment l’extractivisme, le contrôle des entreprises, les mégaprojets d’énergies renouvelables et les politiques de conservation aggravent l’accaparement des terres et la crise alimentaire, de la Palestine au Soudan, en Mongolie, en Russie et en Amérique latine. Ils ont également mis en avant des victoires et des stratégies telles que l’agroécologie, la souveraineté alimentaire et l’économie sociale et solidaire, visant à rapprocher producteurs et consommateurs, à raccourcir les chaînes d’approvisionnement et à créer des modèles de financement solidaires. Les pasteurs ont revendiqué la reconnaissance des droits collectifs de pâturage ; les pêcheurs ont interrogé le contrôle des territoires ; les femmes ont souligné que, bien qu’elles produisent la majorité des aliments, elles possèdent peu de terres et ont dénoncé la contradiction des sociétés patriarcales ; les jeunes ont exigé un accès réel à la terre et des limites à la concentration foncière. Mohammed Abdel Rahman Salem Salimiya (Habitat International Coalition) a conclu en dénonçant le génocide en Palestine ainsi que l’accaparement des terres et toutes sortes de violations. Pourtant, la résistance n’est pas brisée : elle se construit à travers le renforcement continu des mouvements sociaux et des gestes petits mais immenses, comme planter des oliviers. La plénière a répondu par une grande vague de solidarité en scandant : “From the river to the sea, Palestine will be free!”.

La session finale a été consacrée à la mise en contexte de la prochaine Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR), à l’analyse des progrès réalisés depuis la première conférence en 2006 et à la présentation du document de position du CIP pour CIRADR+20 comme guide pour combler les lacunes existantes.

Document de Position

 

Photos du jour

 


21 février

 

Les mouvements sociaux et les peuples autochtones se réunissent en Colombie pour réclamer une réforme agraire réelle et transformatrice

Le Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire, à travers son Groupe de travail sur la Terre et les Territoires, coordonne la participation des organisations paysannes et des Peuples Autoctones à la deuxième Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR+20), organisée par le Gouvernement de la République de Colombie et qui se tiendra à Carthagène, Colombie, du 24 au 28 février 2026. Vingt ans après la première CIRADR, la terre, l’eau, les forêts et les océans sont de plus en plus concentrés entre les mains des corporations et des acteurs financiers, entraînant dépossession, inégalités et effondrement écologique. Les petits producteurs/trices, les Peuples Autoctones, les pasteur·es, les pêcheur·euses artisanaux·ales, les femmes rurales et les travailleur·euses continuent d’être exclu·es de leurs territoires et des espaces décisionnels.

C’est pourquoi, avant la Conférence, le CIP organise un Forum des Peuples et des Mouvements Sociaux de deux jours (22-23 février), précédé d’une Conférence académique réunissant des chercheur·euses et des militant·es académiques.

Program of the Forum (EN) Programa del Foro (ES)

Nous couvrirons l’événement en mettant à jour cette page jour après jour. Pour en savoir plus sur notre travail, visitez la page du groupe de travail du CIP sur la Terre et les Territoires ou téléchargez le document de position du CIP sur la réforme agraire transformative et le développement rural.

GT du CIP sur la Terre Document de Position